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J'm'appelle Alphonse, c'est mon prénom

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J'm'appelle Alphonse, c'est mon prénom

Message par gurlea le Sam 22 Mar 2014 - 22:07

C'est le bruit que fait Marcel en tombant de son lit qui me réveille.
Marcel, c'est l'abomination revenante vétéran qui est mon voisin de dortoir.
Hier soir, il a fait le mur pour aller se mettre minable au « Capucin revenant », un bar clandestin dans la cathédrale de Balthazar. Il a eu de la chance que Maurice, œil de Zhaïtan de son état, ne le prenne pas sur le fait, sinon, il aurait eu droit à 3 semaines de corvées de latrines. Maurice, il ne rigole pas avec la discipline. Surtout le vendredi soir, il parait. Mais je n'ai pas compris pourquoi spécialement ce jour là.
Parce que je suis un petit nouveau moi. C'est un pote à moi, Claude, géant champion de Nagelling sur Fort Ranik, qui m'a passé le tuyau. Arena recherchait des mobs pour créer une unité d'élite sur le serveur mer de jade. Cela dit, moi, j'aurais préféré être un gentil. J'aurais adoré gambader au milieu des jardins suspendus des sylvaris ou aider pacman à vaincre les fantômes.
Mais, comme dit mon psy, avec la gueule que j'ai, il n'y a pas moyen. C'était mob ou rien. Dix ans de thérapie pour en arriver là.
Alors j'ai passé les tests de sélection. Haut la main. J'étais tellement bon qu'ils m'ont bombardé bouffon champion revenant. C'est bien la première fois que je suis champion en quoi que ce soit.
J'ai faxé ma carte de visite à maman. Elle va être drôlement fière de moi. Et ça sera impressionnant sur mon cv. : Alphonse, bouffon revenant champion, unité d'élite de la défense des portes d'Arah. La classe.
Soudain, je suis ramené à la réalité par une odeur immonde. Marcel vient de vomir sur mes orteils. Il a abusé de la cuvée spéciale du capucin. Fermentée à la fiente de poulet revenant. Paraît que c'est une pure merveille. La liqueur de Zhaïtan, ils appellent ça. J'espère quand même que ça sentait meilleur avant qu'ils le boive.
Marcel se relève en vacillant et j'essuie sans qu'il le voie mes pieds contre son pantalon en loques. Il s'appuie sur moi en bredouillant :
- t'es un bon gars toi, hein, t'es un bon gars. Tu vas prendre cher aujourd'hui.
Il plisse les yeux pour essayer de voir plus clair et titube tant bien que mal vers le râtelier où il a posé son bâton la veille au soir. Je suis sûr qu'il aurait mal aux cheveux s'il en avait.
C'est alors que Simone se met hurler :
- Dépêchez-vous maintenant, le bus arrive dans cinq minutes.
C'est vraiment le luxe ici. C'est bien la première fois qu'un bus m'emmène sur mon lieu de travail. Il faudra vraiment que je raconte ça à maman.
- Le nouveau, là, arrête de rêvasser et viens !
Elle est drôlement intimidante Simone, du haut de ses deux mètres dix. Et les morceaux de chair qui pendent de son visage lui donnent un air vraiment pas commode. Elle est chevalière revenante Elite. Les autres l'appellent Claudia Chou-fleur. Mais je n'ai toujours pas compris pourquoi.
Je me dirige vers la sortie quand je remarque que quelque chose est tombé sous un lit. Je m'approche parce qu'il ne faudrait pas que l'un d'entre nous s'aperçoive qu'il a oublié son marteau alors qu'il est déjà monté dans le bus. Je suis sûr que Maurice lui passerait un savon. Enfin, façon de parler évidemment.
C'est Oscar, le chevalier champion revenant. Ce n'est pas possible, mais je crois bien qu'il sanglote. Et il murmure en boucle, tellement bas que je ne suis pas certain de bien comprendre ce qu'il dit :
- s'il vous plaît, faites que je ne pope pas, s'il vous plaît, Zhaïtan, faites qu'ils ne soient pas assez nombreux.
Je lui touche le bras et il sursaute en se cognant la tête contre le sommier. Il fait sombre là-dessous, mais ses yeux sont encore plus rouges que d'habitude. Il se rencogne plus profondément sous son lit. J'ouvre la bouche pour lui parler quand je sens une présence dans mon dos.
- Va avec les autres petit, je m'occupe de lui.
Alors je sors en laissant Oscar aux bons soins de Simone.
Dehors, il fait beau. Un magnifique nuage obstrue les rayons du soleil. La journée promet d'être splendide. Je rejoins les autres sur les marches. Ils se tassent en petits groupes serrés. Je demande à Maurice :
- Quand est-ce qu'il arrive, le bus ?
Je suis tout excité. C'est la première fois que j'ai le droit de prendre les transports en commun.
Maurice me regarde d'un drôle d'air et cligne de la paupière.
- Ils sont là, tu ne les entends pas ?
C'est une drôle de réponse, mais je n'ai pas trop le temps d'y réfléchir parce que c'est à cet instant que je le vois. Je ne l'ai jamais vu dans le dortoir, mais sans doute son lit est-il éloigné du mien. Je ne connais pas encore tout le monde.
Curieusement, ce n'est pas un revenant, je croyais pourtant que nous l'étions tous ici.
Il s'appelle Joe la Brute et il est poursuivi par une horde de joueurs ! Il va se faire OS. Il va rater le bus !
Je m'avance pour lui porter secours.
A ce moment précis, je remarque qu'il a un tag de guilde à côté de son nom. OSEF. C'est un joueur ? Pas possible, aucun joueur n'oserait afficher un skin aussi laid ! Et le voici qui hurle :
- le bouffon champion !
Il me chaîne et me met une target.
Aussitôt, la totalité des joueurs converge vers moi. Je suis pris au piège. Les copains sont trop loin pour me défendre.
Un élém rageux m'entaille les genoux à coups de dague. Le gros faux mob et son jardin portatif me balancent des coups de bâtons. Les guerriers me tourbilolent dans les jambes.
Je tente bien de leur placer un ou deux skills. J'ai la satisfaction d'en voir tomber quelques uns. Mais les autres les relèvent immédiatement. Ils sont comme une horde de fourmis sur un escargot.
Ma barre de vie baisse. J'ai mal. Je crois qu'ils ont mis une minute à me dépoper.
Je ne pourrai pas regarder maman en face lundi quand j'irai manger à la maison en lui rapportant mon linge à laver.

J'attends les autres dans le dortoir en ruminant mon humiliation et en pansant mes plaies.
Ils arrivent peu après. Maurice jette des regards furieux aux alentours. J'ai l'impression qu'il donnerait des coups de pieds dans les murs s'il le pouvait.
Marcel a dessaoulé. Il écrit une lettre. Je m'approche en catimini. C'est une lettre de motivation. Il postule pour être Kommissar sur Pierre Arboréa. Quand il s'aperçoit que je lis derrière son épaule, il soupire dans des vapeurs avinées :
- 9 h, tu te rends compte, 9 h sans être dépop. Ca vaut mieux que n'importe quel job en Orr.

gurlea

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